[Version 1.2 - 10/12/015]


On entend beaucoup d'avis, en particulier ces jours-ci sur "le terrorisme."

Comment utiliser au mieux toutes ces informations ?

Vous connaissez la quadrichromie? C'est une technique d'impression qui permet de recréer la palette des couleurs visibles en se basant sur quatre teintes de base. La vision par notre organisme des couleurs passe aussi par une étape de décomposition de la lumière perçue en trois "couleurs" (détails ici)

Et bien pour se faire une idée des couleurs du monde, on peut se baser sur les multiples contributions lues, entendues, vues avec chacune représentant une "couleur" (avec cette différence qu'il y en a beaucoup plus de 3 ou 4...)

Souvent, chaque personne intervenant dans les médias a une spécialité: médecine, géostratégie, psychanalyse, économie, histoire, science du langage, religion, politique, diplomatie, sociologie, agriculture... Chacune a donc souvent un biais lié à sa spécialité, que nous appellerons des biais professionnels. Si vous demandez à un généticien comment sauver le monde, il vous dire que cela ne peut se faire que par la génétique. Même chose avec la religion, l'économie, etc.
 
Le biais professionnel peut être aggravé si cette personne a un intérêt quelconque hors de sa spécialité qui la pousse à adapter ses explications à cet intérêt. Appelons cela ses biais privés. On peut être scientifique éminent, et avoir comme biais le fait que l'on doive défendre les intérêts de son employeur pour assurer son propre salaire. On peut être religieux, mais surtout pressé d'accroître ses biens matériels ou son goût du pouvoir sur le reste des Humains (le second cas est beaucoup plus commun, et le biais plus difficile à détecter: ce type de Pouvoir n'a pas besoin d'objets pour montrer son existence. Il jouit de l'obéissance des autres.)

Il faut préciser que "biais" ne signifie pas "mensonge." et que tous les biais ne se valent pas. Les biais scientifiques sont généralement moins "faux" parce qu'ils sont basés sur des principes et des procédures précis. Pourtant même eux comportent ce même problème d'hyper-spécialisation: quand vous étudiez un phénomène extrêment précis et particulier, ce que vous dites est vérifiable - et donc pas "faux" - mais vous ne "voyez" pas ce qui l'entoure, et vous risquez de "manquer" les relations entre votre objet d'étude et son environnement. C'est le biais réductionniste. (exemple type: l'étude d'une grenouille disséquée ne vous dit pas ce qu'est, et comment vit "une grenouille". Elle vous apprend uniquement ce qu'est une grenouille... morte.)

Ce biais réductionniste est souvent associé à ce qu'on peut appeler le biais des niveaux d'observation. L'exemple typique est celui des OGM et de l'agriculture, où les industriels nous disent qu'il suffit de planter des OGMs pour régler les problèmes de faim dans le monde. Pourtant l'agriculture est une question beaucoup plus vaste, où intervient la génétique - elle est partout dès qu'il y a du vivant - mais aussi les conditions de production, l'idéologie économique en oeuvre, les rapports entre éléments naturels et artificiels variés, etc. Le niveau d'observation génétique est différent de celui de l'agronomie. Chacun est utile, mais il ne faut pas les confondre, et ne pas valoriser excessivement l'un par rapport à l'autre (la génétique c'est très important, mais s'il y a sécheresse, votre plante ne pousse tout simplement pas... et si vous avez "adapté" une plante à la sécheresse et que cette année-là il pleut "trop"...)

Certains biais ont plus d'effets que d'autres. ainsi le biais journalistique qui sélectionne dans "l'actualité" une partie seulement des évènements pour les relayer vers le public. Comment est faite cette sélection ? Dans quel but ? Comment savoir si des informations très importantes ne sont pas correctement relayées parce que pas assez spectaculaires ? etc.

C'est le mélange de toutes ces approches qui résultent d'une accumulations d'informations biaisées, qui produit une image relativement fidèle de la "réalité". Plus on a d'avis à propos du sujet concerné, et plus l'image peut se préciser. Cela ne veut pas toujours dire que le poids des biais va forcément se réduire, mais on a au moins plusieurs approches.

Mais ce n'est pas tout...

Nous, récepteurs de l'information, avons nos propres biais qui sont aussi des biais privés. Notre façon de comprendre le monde, de considérer qu'une information est pertinente ou pas, est aussi le résultat de nos expériences, de ce que nous avons appris (ou pas...), etc. Nous allons donc ajouter nos biais à ceux donnés par tous ces spécialistes, ces médias, etc. et pondérer la valeur de ces informations.

Mais ce n'est pas tout...

Parce que cette image de la réalité que l'on se construit... n'est pas la "réalité réelle."
Tous ces mots, toutes ces théories ne sont que des constructions abstraites, parfois basées sur l'observation mais aussi souvent sur des données invérifiables - ce qui est le cas la plupart du temps. On ne peut pas aller soi-même vérifier tout ce qui nous est dit. Allez vérifier le diamètre du Soleil. Par contre, la manière de calculer la taille du soleil est faite de manière scientifique, ce qui donne un degré de validité de l'information plus important que toute autre information basée sur des principes moins stricts que ceux de la science.

L'image que l'on a de la "Réalité" n'est que cela: une construction mentale, une addition de mots, de suppositions, de théories, d'équations qui ne sont pas les choses décrites. On peut se baser sur cette image forcément floue pour tenter de comprendre cette "réalité" mais elle ne se laisse pas enfermer dans sa description.

Comment faire quelque chose de "droit" avec autant de biais ?

Et bien, la solution est simple: c'est impossible.

Et c'est alors qu'arrivent les vendeurs de solutions totales que sont les dogmatiques, les extrémistes, les religieux de toutes obédiences: Ils ont une idée sur la réalité, et cette idée est la réalité. Voilà qui est tellement plus simple, tellement plus rassurant...
Nous avons conscience de ce flou, de cette impossibilité à "fixer les choses définitivement" et une part de notre réflexion "rationnelle" le refuse. Et pour esquiver ce flou, refuser d'intégrer le relatif, nous plongeons parfois dans plus absurde encore: la croyance absolue, qui rassure de manière parfaitement illusoire.

A mon avis, que je partage en général, Il vaut peut-être mieux accepter cette part d'indéfini. Ce n'est inquiétant que si nous pensons les  choses à venir comme uniquement inquiétantes et dangereuses, alors qu'on n'est jamais à l'abri de bonnes nouvelles, voire même de gagner au grand concours de circonstances.

L'image du monde n'est pas le monde, et ce n'est pas grave: on fait au mieux avec ce que l'on a...


 

Source: Externe[Version 1.2 - 10/12/2015 - Ajout des biais de niveaux d'observation ]

[Version 1.1 - 23/11/2015 - Ajout des biais réductionnistes et biais journalistiques. Petites révisions ]

[Version 1.0 - 21/11/2015 - Version originale ]